Pourquoi les vents des quarantièmes rugissants n’ont aucun obstacle
Entre houle gigantesque et icebergs de 200 mètres, les mers du Sud imposent une navigation de plus en plus exigeante à chaque degré vers le pôle austral.
En bref
- Les vents d’ouest australes ne rencontrent presque aucune terre pour les freiner.
- Les quarantièmes, cinquantièmes et soixantièmes se distinguent par leurs vents, leurs tempêtes et leurs glaces.
- Shackleton en 1916 et Jean Le Cam en 2020 ont marqué ces eaux par deux sauvetages célèbres.
Le Grand Sud doit sa réputation à une absence : celle de terres capables de ralentir les vents d’ouest. Dans ces latitudes, selon Ça m’intéresse, les dépressions australes accélèrent sans frein et soulèvent une houle gigantesque. Plus on descend vers l’Antarctique, plus la situation se dégrade.
Des pièges nés du calme comme de la tempête
Avant les tempêtes, viennent les accalmies. Les zones appelées pot au noir et latitudes des chevaux encadrent l’équateur, mais ces noms se sont fixés dans le vocabulaire des marins pour l’hémisphère Sud. Le pot au noir occupe, de part et d’autre de la ligne, une bande d’environ cent kilomètres. Faute de souffle, les voiliers y restent parfois immobilisés pendant des journées complètes, sous des averses torrentielles et des orages provoqués par le contact d’air chaud et humide, acheminé par les alizés. Au XVIIIe siècle, le terme y désignait un « piège ».
Autour de 30° nord et 30° sud, les latitudes des chevaux offrent peu de pluie et des vents faibles et irréguliers.
Une autoroute à vent presque sans obstacle
Sous ces latitudes, les terres émergées se font rares, et le mouvement de rotation de notre planète entraîne les vents vers l’est. Vers les quarantièmes, seuls la pointe de la Terre de Feu, la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie viennent freiner les rafales. Dès le XVIIe siècle, le Néerlandais Hendrik Brouwer avait remarqué que ces vents permettaient de rallier l’actuelle Malaisie en un temps record.
Cette force a porté les clippers empruntant, au XIXe siècle, la route de la Laine entre la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, elle profite aux navigateurs engagés dans les tours du monde en course, tel le Vendée Globe. Plus l’on se rapproche du continent antarctique, plus le temps se dégrade.
Trois bandes de latitude, trois degrés d’hostilité
| Bande | Conditions |
|---|---|
| Quarantièmes rugissants (40° à 50° sud) | Houle forte, vents souvent supérieurs à 100 km/h, navigation réservée aux marins les plus expérimentés. |
| Cinquantièmes hurlants (50° à 60° sud) | Rien n’arrête le vent, les tempêtes sont fréquentes et peuvent durer plusieurs jours, et le cap Horn se trouve dans cette zone. Son nom rappelle le sifflement du vent dans les gréements. Ici commence l’accès aux mers subantarctiques. |
| Soixantièmes (au-delà de 60° sud) | Franchis surtout par des expéditions scientifiques et des concurrents de grandes courses. Courant circumpolaire antarctique parmi les plus puissants du monde, vent froid venu du continent glacé, icebergs pouvant atteindre 200 mètres de haut. Ils sont aussi dits « déferlants », « sifflants » ou « glacés ». |
Un adage de marins illustre cette progression : « Sous 40 degrés, il n’y a plus de loi, mais sous 50 degrés, il n’y a plus de Dieu. »
Shackleton, Le Cam : deux traversées qui ont fait date
Des tempêtes d’une rare brutalité et un isolement total ont nourri le mythe de ces routes. En 1916, Ernest Shackleton a parcouru une immense distance à bord d’une embarcation minuscule afin d’aller chercher des secours.
Plus près de nous, pendant le Vendée Globe 2020, ces mers ont de nouveau montré combien elles étaient périlleuses. À 41° sud, de nuit, le skipper Jean Le Cam a conduit le sauvetage de Kevin Escoffier, dont le bateau s’était littéralement brisé en deux dans le creux d’une vague.
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