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La nouvelle a de quoi surprendre, la tendance générale étant plutôt à la suppression des crucifix dans les établissements publics des pays de tradition catholique. Les polémiques ont été vives à ce sujet en Italie pendant plusieurs années, à titre d’exemple. Toutefois, cette information ne concerne bien sûr pas la France… mais la Bavière, l’un des principaux Länder de l’Allemagne.

Le crucifix mis à l’honneur en Bavière

En Allemagne, comme dans de nombreux autres pays européens, les régions ou provinces ont des compétences parfois importantes. C’est ainsi que le Land de Bavière, terre majoritairement catholique regroupant également les anciennes Franconie et Souabe, veut voir dès le 1er juin prochain un crucifix dans le hall de chacun de ses bâtiments publics. Le Spiegel a relayé la nouvelle le mardi 24 avril 2018.

Le motif officiel invoqué est de donner davantage de visibilité au patrimoine culturel et historique de l’État libre de Bavière. La civilisation sous-entendue par le crucifix serait à la source de l’ordre social, politique et juridique de l’Allemagne. Cette décision du gouvernement local doit être appliquée par les différents échelons administratifs du Land : les districts, les comtés et les communes. Markus Söder, ministre-président de la Bavière, a déjà montré l’exemple en accrochant au mur de l’entrée de sa chancellerie une croix stylisée venant du cardinal Friedrich Wetter, jadis archevêque de Munich, la capitale de la Bavière.

Un contexte particulier

Ce retour bavarois des crucifix a été impulsé par le parti majoritaire de la région, à savoir la CSU. Il s’agit du mouvement social-chrétien, indéfectible allié à l’échelon national d’Angela Merkel qui domine de son côté la CDU (démocrates-chrétiens). La CSU est généralement considéré comme un parti de centre droit. Il y a quelques années, ce groupe n’aurait sans doute pas osé prendre une telle initiative, mais les temps ont changé. Pourtant, cela ne plaît pas à tout le monde, la question de la constitutionnalité pouvant même être soulevée :

La crise migratoire qui secoue l’opinion publique européenne depuis quelques années a particulièrement chamboulé le jeu électoral de l’Europe centrale. Après le groupe de Visegrád (le V4 de la Hongrie, de la Slovaquie, de la Tchéquie et de la Pologne), c’est l’Autriche qui s’est dotée d’un gouvernement de droite nationale. En Allemagne, l’AfD (absent du Landtag bavarois) monte en puissance entre chaque scrutin. Généralement, c’est la peur de l’islam et de l’immigration qui joue.

Or, la Bavière touche à la fois l’Autriche et la Tchéquie, ayant avec ces deux nations presque autant de « frontières » qu’avec les Länder allemands voisins. L’Autriche est gouvernée par une droite forte depuis la fin de l’année 2017. Dernièrement, le 22 avril 2018, lors des élections régionales autrichiennes du Land de Salzbourg (aux portes de la Bavière), les partis de droite ÖVP et FPÖ gouvernant ensemble l’État national ont respectivement progressé de 8,8 et 1,8 %. D’après certains analystes, cette tendance serait également à l’œuvre dans une partie de l’électorat bavarois.