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Chaque année au mois de mai, la ville d’Orléans est le théâtre de festivités en souvenir de Jeanne d’Arc. Une jeune fille est alors choisie pour incarner cette héroïne et sainte médiévale. L’élection en 2018 de Mathilde Edey Gamassou n’a pas plu à tout le monde. Métisse ayant un père d’origine béninoise et une mère aux aïeux polonais, certains ont cru bon de proférer des injures racistes à son encontre…

Retour sur les faits

Mathilde Edey Gamassou a 17 ans. Elle étudie dans un lycée orléanais, en classe de première. Son père vient du Bénin et sa mère est originaire d’Europe de l’Est, d’où son physique métis qui déchaîne certains militants radicaux. Ses talents sont nombreux, notamment en escrime et en chant lyrique. Choisie parmi plus de 250 candidates par le comité Jeanne-d’Arc d’Orléans, elle incarnera cette héroïne au printemps prochain. Voici un résumé vidéo du défilé du 8 mai 2015 :

Certains groupements, comme Résistance républicaine et Riposte laïque, y ont vu une propagande en faveur du métissage. Les réseaux sociaux ont servi de relais à divers propos racistes et injurieux. Face à ce tableau, le procureur de la République a décidé d’ouvrir un dossier pointant du doigt une provocation publique à la discrimination et à la haine raciale.

Dans ce contexte, le journal local La République du Centre est parvenu à interroger Patrice Edey Gamassou, le père de la jeune fille. Ses propos clairs permettent d’en savoir davantage sur son ressenti et celui de Mathilde.

Une intervention musclée du père de Mathilde

Le père se montre très fier de la nomination de sa fille. Il explique qu’« elle est son héroïne » et que Mathilde communie avec sa foi catholique. Il comprend le débat suscité par ce choix dans la mesure où « Jeanne d’Arc est au cœur de la société française ». Patrice Edey Gamassou affirme que Mathilde est heureuse d’avoir été sélectionnée et qu’elle se prépare sérieusement au rôle qu’elle devra endosser le 8 mai 2018. Celle-ci se réconforte en songeant au sort peu enviable de Jeanne d’Arc, morte sur un bûcher, et en s’en remettant à Dieu. Ce n’est pas évident, à son âge, de surmonter aussi brillamment les obstacles qui se dressent sur son chemin :

Patrice Edey Gamassou en arrive ensuite là où on ne l’attendait pas forcément. Il pardonne aux détracteurs de sa fille et déclare qu’il ne portera pas plainte, s’abstenant de penser quelque chose de l’enquête ouverte par le procureur local. Il explique alors : « Il est temps en France d’accepter le débat ». Sa conclusion consiste à inviter Emmanuel Macron à se rendre à Orléans lors des festivités en question. Tous les présidents de la République ont fait ce déplacement, jusqu’à Nicolas Sarkozy et François Hollande qui s’étaient abstenus. « Alors, maintenant, un peu de courage au président de la République. Venez célébrer la France et Jeanne. »

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les fêtes johanniques d’Orléans n’auront sans doute jamais été autant médiatisées !