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Je Suis Charlie, les manifestations du 11 janvier, la loi de renseignement… Ce qu’il faut retenir un an après l’attentat du 7 janvier 2015.

Cela fait désormais un an que l’attaque de Charlie Hebdo s’est produite. Et le souvenir est toujours aussi vif dans l’esprit de beaucoup de personnes. Moment exceptionnel en France, l’attaque du journal satirique créa un profond état de choc, au point qu’en réponse à l’attaque, des millions de gens ont manifesté un peu partout en France le dimanche 11 janvier 2015. Retour sur l’événement et ses conséquences.

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“Vous allez payer car vous avez insulté le Prophète”

Nous sommes le 7 janvier 2015, le numéro 1177 de Charlie Hebdo est dans les kiosques et la journée commence comme les autres pour la rédaction de l’hebdomadaire. C’est alors que vers 11h30, arrivés en voiture, les frères Chérif et Saïd Kouachi pénètrent dans le bâtiment armés de fusils d’assaut et assassinent 11 personnes dans les locaux.

Au total, huit membres de la rédaction sont décédés suite à l’attentat, tels que Charb, Tignous et Wolinski, mais aussi l’économiste Bernard Maris et la psychanalyste Elsa Cayat. Il faut également compter des policiers parmi les victimes, à savoir Franck Brinsolaro, chargé de protéger Charb, et Ahmed Merabet, brigadier en patrouille dans le 11ème arrondissement de Paris.

La cause de l’attaque est identifiée: une vengeance exercée contre Charlie Hebdo pour ses dessins caricaturaux représentant Mahomet. Alors que les frères Kouachi sont dans les locaux, ces derniers déclarent “Vous allez payer, car vous avez insulté le Prophète” d’après le journal Le Monde le lendemain de l’attaque. Un propos qu’un témoin, filmant depuis sa fenêtre dans la rue où l’attaque a eu lieu, confirme grâce à son enregistrement, dans lequel il est possible d’entendre distinctement “On a vengé le prophète Mohammed”, alors que les terroristes regagnent leur voiture pour s’enfuir.

Du journal mal-aimé au symbole de liberté

L’attaque produit un véritable choc et entraîna rapidement une réaction d’indignation générale. Rapidement, un slogan fit son apparition: Je Suis Charlie. L’auteur, un graphiste français du nom de Joachim Roncin, publia sa création sur les réseaux sociaux seulement une heure et demi après l’attentat et devint vite un slogan de solidarité envers la rédaction de Charlie Hebdo.

En une journée, le hashtag #JeSuisCharlie fut partagé dans près de 3,4 millions tweets un peu partout dans le monde. Une formule qui rappelle évidemment la célèbre déclaration de John Fitzgerald Kennedy “Ich bien ein Berliner”.

Mais la formule dépassa la simple manifestation d’une solidarité. Elle exprima à cet instant ce que Charlie Hebdo, journal pourtant boudé par beaucoup avant l’attentat, représentait: une liberté d’expression assumée, parfois bête et méchante mais aussi égratignant nos certitudes.

Soudainement, alors que beaucoup ne lisaient pas Charlie Hebdo, certains le critiquant même sévèrement en temps normal, se mirent à défendre l’hebdomadaire, devenu un symbole malgré lui d’une liberté d’expression fragile. Le paroxysme de ce soutien eut lieu quelques jours plus tard, le 11 janvier 2015, avec les manifestations partout en France en soutien aux victimes de l’attentat, mais aussi pour dénoncer l’atteinte brutale à une liberté fondamentale qu’est la liberté d’expression.

Charlie Hebdo, numero 1178, Une apres attaque

Première Une de Charlie Hebdo après l’attaque. Numéro 1178

Dans le même temps, la politique s’empressa de réagir, non sans mal, à la suite de l’événement. La marche des chefs d’Etat accompagnant le président François Hollande ne manqua pas de faire du bruit, car dans les rangs se trouvait des dirigeants étrangers critiqués pour leur mépris des libertés. Autre sujet polémique, la loi de renseignement, qui suscitait l’inquiétude de nombreux journalistes, juristes et acteurs de la société civile, car craignant l’avènement d’une surveillance généralisée dans notre pays.

L’après-Charlie: des départs successifs et le retour des polémiques

Cela fait maintenant un an que l’attentat s’est produit. Néanmoins, la douleur semble être encore vive, tout particulièrement pour les membres de la rédaction. Certains se sont même retirés quelque mois après les attaques, afin de se remettre des événements.

L’un des départs les plus importants fut celui du dessinateur Luz, qui échappa à l’attentat de Charlie Hebdo qui, hasard du calendrier, fut également le jour de son anniversaire. Alors qu’il signa la couverture du numéro 1178 de l’hebdomadaire, sorti le 14 janvier 2015, il annonça en mai 2015 son départ de la rédaction prévue en septembre 2015, affirmant que “c’est un choix très personnel”, motivé par le besoin de “se reconstruire” suite à l’attaque.

Un autre départ, lui aussi remarqué, fut celui de Patrick Pelloux, urgentiste de profession et collaborant avec la rédaction de Charlie Hebdo depuis une douzaine d’année. Annoncée fin septembre 2015, ce dernier affirmait “ne plus avoir le courage de continuer chaque semaine”, estimant que “c’est une partie de nous-mêmes” “qui s’est arrêtée au moment de ces attentats”.

Mais l’émotion retombée, Charlie Hebdo reprend également du service et essuie à nouveau les critiques qui furent un temps stoppées suite aux attaques. Dernière polémique en date, le numéro commémoratif sorti ce 6 janvier titré “1 an après, l’assassin court toujours”. La publication suscite notamment la critique des représentants des différentes confessions, accusant le journal d’être insultant à l’encontre des croyants.

Après les “JeSuisCharlie” de bon aloi il y a un an, les habitudes reprennent et la redécouverte d’un journal n’hésitant pas à frapper sur tous sans distinction fait de nouveau grincer des dents.

Crédit photo principale : Wikimedia – Elya