Jordan Roth transforme son ancien appartement parisien en portraits drapés de voiles
Meubles voilés, seize looks et un clin d’œil à Georges Perec : l’artiste et producteur new-yorkais installe son ancien appartement dans le 7e arrondissement.
En bref
- L’exposition s’intitule « Penser la vie tranquille des choses », en référence à Georges Perec.
- Les meubles de l’ancien appartement de l’artiste sont recouverts de voiles imprimés d’autoportraits.
- Elle se tient au 72, rue de l’Université, Paris 7, jusqu’au 25 octobre.
Avec l’exposition « Penser la vie tranquille des choses », Jordan Roth fait des meubles de son ancien appartement une suite de portraits. Chaque pièce est drapée d’un voile orné d’autoportraits, lesquels retracent ses mues esthétiques successives. Le projet est présenté lors de Design Miami Paris, ainsi que le relate Vogue France.
Un titre emprunté à Georges Perec
Le titre rend hommage à l’écrivain Georges Perec. L’artiste confie : « Tout, dans la manière dont Georges Perec élève le quotidien au rang de sujet, faisait écho à mon travail ». Il songe à un regard posé sur la façade d’un immeuble, qui laisserait deviner les menues scènes du quotidien, à la fois parisiennes et universelles. Selon lui, l’expression « penser la vie tranquille des choses » a fini par devenir presque un mantra pour cette création.
Paris n’est pas un simple décor. Jordan Roth y séjourne de plus en plus souvent, en particulier à cause de la mode, et sa performance au Louvre, Radical Acts of Unrelenting Beauty, est décrite comme un jalon fondateur de son parcours artistique. Pour reprendre ses mots : « Paris est devenu, en quelque sorte, un foyer d’adoption artistique. »
Du costume Prada au Met Gala
Tout part d’un uniforme. À 22 ans, Jordan Roth se lance dans la production théâtrale, au milieu de collègues plus âgés que lui. Pour asseoir son autorité, il se constitue une tenue : un costume Prada noir, une chemise blanche et des souliers hybrides, entre baskets et chaussures de ville. Il la porte pendant des années, jusqu’à ce qu’elle finisse par le serrer.
Il en tire une conviction : « La mode est mon premier moyen d’expression, car elle est un rituel quotidien de créativité. » De ce voyage esthétique est née une série de photographies, dont voici les bornes :
- Premiers pas de producteur de théâtre et adoption de l’uniforme Prada noir et blanc.
- Seize looks photographiés, chacun présenté comme une étape de son parcours.
- Un ensemble Valentino couvert de fleurs de la tête aux pieds, arboré lors du Met Gala.
La photographie vient ainsi prolonger la comédie musicale et la performance. À ses yeux, l’art permet à celui qui crée de s’exprimer lui-même, et offre à celui qui regarde l’occasion d’apprendre à voir.
Steven, un artiste invisible dans The Shards
Cette personnalité hors norme se prolonge à l’écran. Dans The Shards, la série signée Ryan Murphy, Jordan Roth interprète Steven, un artiste doté de l’âme et du cœur d’un créateur, mais que personne ne remarque. Contrarié, entravé, repoussé, il empile les désillusions, qui alimentent sa colère et son versant sombre.
Lorsqu’il lui a proposé le rôle, Ryan Murphy l’a invité à concevoir un personnage qui aurait suivi les défilés parisiens et la scène musicale de Londres en 1981. L’équipe a fait tirer l’ensemble des silhouettes présentées à Paris cette année-là, et aussi des visuels des courants New Romantic et New Wave. Côté perruque, l’acteur songeait à David Bowie dans L’Homme qui venait d’ailleurs, avant que son coiffeur Brent Lawler ne mentionne David Sylvian, le chanteur de Japan. Un essai a été fait avec une petite perruque blonde, teinte et coiffée, que Ryan Murphy a tellement appréciée qu’on la voit à l’écran.
Où voir l’exposition
Photo : lumoplank / Wikimedia Commons
