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On connaît le refrain : la France, c’est le pays des droits de l’homme et de la liberté, et donc de la liberté d’expression. Que nenni ! On l’a vu avec l’effroyable boucherie punitive de Charlie Hebdo, mais on pourra trouver d’autres manifestations de son absence, quoique moins spectaculaires. Une exposition avec présence du dessinateur Marsault (dédicaces obligent) prévue à Paris en ce mois de septembre a dû être décommandée. Pourquoi ? Parce que des militants se disant antifascites menacent ouvertement, depuis plusieurs mois, de l’intercepter… pour lui couper les mains. Le grief invoqué contre lui est que certains de ses dessins ont des accointances plus ou moins marquées avec l’extrême droite.

Marsault accusé d’extrémisme

Le dessinateur Marsault est depuis longtemps dans le collimateur de Libération. Aimant la provocation, il a pris l’habitude de rouvrir les plaies les plus douloureuses. Des médias qui lui sont opposés l’accusent d’être édité chez Ring, maison qu’ils classent à l’extrême droite, mais aussi de vouloir taper en priorité sur les femmes, les gens de gauche, les personnes homosexuelles. Ses blagues sur différents dictateurs, dont Hitler, ne plaisent pas à tout le monde. De même, son ravalement de ses lecteurs néo-nazis au même rang que les communistes ou les vegans semble disproportionné. S’il se dit « apolitique », ses productions sont régulièrement reprises par des sites web et médias plutôt considérés de droite voire d’extrême droite, à l’instar de Valeurs Actuelles ou de Fdesouche.

Se voulant « sans filtre », Marsault est loin de faire l’unanimité :

Aussi, les passions se sont déchaînées à l’annonce d’une exposition parisienne au sein de la galerie Art Maniak, du 13 au 22 septembre 2018, en présence du principal intéressé, également jugé coupable d’être un adepte et avocat de la notion de « Grand Remplacement » théorisée par l’écrivain Renaud Camus. Les milieux parisiens se réclamant de l’antifascisme n’ont pas tardé à se manifester. Avec la violence qui les caractérise, d’aucuns sont allés, ces deniers mois à Nantes, jusqu’à menacer d’intercepter le dessinateur lors de sa venue afin de lui trancher les mains ou, à défaut, de les écrabouiller à la masse. Simple provocation ? Pas sûr au vu des antécédents de certains militants, les menaces de ce genre étant de toute façon répréhensibles aux yeux de la loi française, comme on peut s’en douter.

Une exposition annulée

Clément Gombert, gérant d’Art Maniak, a préféré annuler rapidement l’événement programmé. Pour éviter de voir sa galerie saccagée, voire sa personne violentée, il a annoncé ne pas avoir eu vent des idées politiques prêtées à Marsault et n’avoir programmé une exposition que pour des raisons esthétiques, après avoir été contacté par l’éditeur Ring – et non l’inverse. Pour sa défense, il avait par exemple programmé la très féministe exposition Artemisia. Mais la liberté d’expression n’est pas la même pour tout le monde, et on trouve toujours une bonne excuse pour la contourner.

Marsault cultive une idée de la virilité et de la survie qui ne passe pas partout, mais plaît à des personnalités telles que Piero San Giorgio, survivaliste suisse généralement rattaché par la presse française à l’extrême droite helvétique :

C’est dès le printemps 2018, d’après les révélations de l’éditeur Ring, que des menaces sérieuses pèsent sur Marsault. À Nantes, les CRS ont dû quadriller le terrain pour sécuriser la venue du dessinateur. À l’origine, un simple appel anonyme, un moyen de censure simple et rapide, mais qui peut coûter cher à son instigateur s’il est identifié par la police.