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La Pologne s’est récemment attiré les foudres d’Israël et de divers États. En cause : une nouvelle loi polonaise qui interdit de parler de « camps polonais » pour évoquer les camps de la mort nazis installés en Pologne. Surprise : le célèbre avocat juif Serge Klarsfeld vient d’apporter de l’eau au moulin du gouvernement polonais. Le mémorialiste de la Shoah a déclaré : « ceux qui évoquent les “camps polonais” insultent la Pologne ».

Retour sur la personne de Klarsfeld

Né en 1935 à Bucarest en Roumanie, le jeune Serge Klarsfeld a pu échapper à la Gestapo en 1943 à Nice, mais pas son père. Ce dernier a été déporté vers Auschwitz.

Après des études de droit, Serge devient avocat et se dévoue avec son épouse à la poursuite d’anciens nazis ou collaborateurs de la Shoah. Il est à l’international une figure emblématique de la reconnaissance de cette dernière. Dans sa lutte contre l’antisémitisme, il fait l’objet d’une tentative d’assassinat par des néo-nazis en 1979 et il est expulsé de Syrie en 1982. Serge Klarsfeld est à l’origine du Mémorial de la déportation ainsi que de différentes autres œuvres mémorielles. Ses poursuites d’Alois Brunner, René Bousquet, Maurice Papon et Paul Touvier comptent parmi les plus connues.

Une loi polonaise qui fait polémique

Andrzej Duda, président de la Pologne, a annoncé le 6 février 2018 la promulgation d’une réforme de l’Institut national de la mémoire en Pologne. Parmi les mesures adoptées figure une répression pénale à l’encontre de « qui attribue à la nation polonaise ou à l’État polonais, publiquement et en dépit des faits, la responsabilité ou la co-responsabilité de crimes nazis » ou utilise l’expression de « camps de la mort polonais ».

La loi avait été adoptée le 1er février par le Sénat, quelque temps après son adoption par les députés. Pourtant, l’État d’Israël avait fait pression entre-temps. Le Premier ministre Mateusz Morawiecki a eu une attitude favorable à la nouvelle législation lors de son déplacement à Markowa. Il a été épinglé par Netanyahou. La réforme a également été dénoncée par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Voici quelques faits en vidéo :

Un renfort inattendu

C’est dans ce débat houleux et polémique que les propos de Serge Klarsfeld sont venus soutenir le gouvernement polonais. Inattendus, leur effet a paru d’autant plus puissant. Ils ont été tenus pour Jewpop, un média web.

Le célèbre avocat connu pour sa lutte contre l’antisémitisme a rappelé que la Pologne était dans le monde le pays comptant le plus de « Justes parmi les nations ». En effet, 6 700 Polonais ont été distingués par le mémorial de Yad Vashem (soit presque un quart du total), sans parler de tous ceux qui, faute de preuve matérielle, n’ont pu être reconnus tels.

Voici les principales déclarations de Serge Klarsfeld : « Il n’y a eu ni camp de la mort polonais ni français. Il y a eu des camps d’extermination allemands en Pologne et un camp allemand en Alsace annexée. Les lois mémorielles réavancent des faits avérés et en tirent des leçons. » Il poursuit : « ceux qui évoquent les “camps polonais” insultent la Pologne. » Voici une présentation de la loi mémorielle en question :

Il rappelle cependant que : « les Polonais ont perpétré des pogroms dès l’entrée des Allemands en Pologne et même après la libération du pays. » Mais il reconnaît aussi que « la Pologne a perdu 3 millions de polonais chrétiens, qu’il n’y avait plus d’État polonais, que le gouvernement polonais en exil à Londres a été très engagé aux cotés des juifs ».