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Ce jeune combattant rebelle syrien est devenu un artiste engagé, et commente de manière incisive la guerre civile dans son pays.

Tandis qu’une banlieue de Damas subissait un bombardement quasi-constant et souffrait d’un manque chronique de nourriture, d’eau et d’électricité, une oeuvre de street-art incongrue est apparue sur le mur d’un bâtiment bombardé. Elle montrait une jeune fille debout sur un tas de crânes en train d’écrire un seul mot sur un mur: “Hope”, espoir.

Cette fresque murale a attiré l’attention internationale sur l’artiste Abu Malik al-Shami, et lui a valu des comparaisons avec Banksy. Comme Banksy, Abu Malik est un street artiste politiquement engagé dont les œuvres apparaissent soudainement du jour au lendemain, mais avec des messages et des dessins adaptés à la guerre civile de la Syrie.

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Abu Malik al-Shami, street-art, Syrie

“Nous avons l’habitude de plaisanter et dire, “Dieu s’il te plaît détruis l’école”… et il l’a fait.” – Crédit photo: Abu Malik al-Shami

Abu Malik al-Shami, street-art, Syrie

“Joyeuse fête des mères” – Crédit photo: Abu Malik al-Shami

Pendant deux ans, de l’été 2014 à l’été 2016, les peintures murales d’Abu Malik ont surgi dans des dizaines de sites à travers Daraya, une ville située à 10 km du centre de Damas.

Avant que la guerre ne commence en 2011, l’artiste, aujourd’hui âgé de 22 ans, allait au lycée à Damas. Il a rejoint les manifestations anti-gouvernementales et a commencé à faire usage de son talent pour répandre des messages révolutionnaires.

Mais au début de l’année 2013, alors encore adolescent, il s’est rendu à Daraya pour rejoindre l’armée syrienne libre, en prenant ses carnets de croquis et ses crayons avec lui. Lors de sa première journée à Daraya, raconte-t-il à la BBC, il a appris à tirer avec une arme à feu. Pour son deuxième jour, il a été envoyé sur la ligne de front. Ce ne fut que beaucoup plus tard, en 2014, qu’il a rencontré un artiste nommé Majd, surnommé “l’œil de Daraya”, qui l’a encouragé à embrasser l’art de la rue.

Sa première peinture murale, sur les ruines d’une grande maison, dépeint une jeune fille désignant un cœur, enseignant ce qu’est l’amour à un soldat, avant qu’il parte au combat.

Abu Malik al-Shami, street-art, Syrie

L’écriture arabe indique: “Comment allons-nous célébrer l’Aïd cette année?” – Crédit photo: Abu Malik al-Shami

“Quand je suis arrivé à Daraya, j’étais complètement choqué,” explique-t-il. “Il y avait d’énormes destructions partout, et à ce moment-là, le régime bombardait au hasard et attaquait les habitants. La situation était catastrophique, nous ne pouvions pas la supporter. Tout était détruit.”

L’un des magasins d’art de Daraya n’a pas été épargné par les bombardements en 2014. Avec la permission du propriétaire de la boutique, Majd, Abu Malik et d’autres artistes ont creusé dans les décombres pour récupérer la peinture et les pinceaux.

Abu Malik al-Shami, street-art, Syrie

Crédit photo: Abu Malik al-Shami

Il y avait aussi le risque d’être abattu par un sniper ou d’être touché par une bombe, et Abu Malik affirme qu’il était particulièrement risqué de travailler sur les toits. “Les meilleurs moments étaient le coucher ou le lever du soleil, lorsque le calme régnait sur la ville”, dit-il. “Parfois, nous devions le faire la nuit, donc dès qu’il y avait la pleine lune, j’en profitait pour peindre. Parfois, je me servais également de la lumière de mon téléphone portable.”

Abu Malik al-Shami, street-art, Syrie

Crédit photo: Abu Malik al-Shami

Abu Malik al-Shami, street-art, Syrie

“Nos roses sont pour ceux qui les arrose avec leur sang” – Crédit photo: Abu Malik al-Shami

“C’était très fatigant,” continue-t-il. “Chaque jour, je combattais sur le front, et seulement lors de mon temps libre je peignais et dessinais.”

Abu Malik al-Shami, street-art, Syrie

Crédit photo: Abu Malik al-Shami

Durant ses deux années à Daraya, il a peint plus de 30 fresques. En Janvier 2016, son ami Majd a été tué. Les forces gouvernementales syriennes ont repris la ville en Août dernier. Abu Malik et des centaines d’autres rebelles ont fui vers Idleb dans le nord de la Syrie.

Le street-art, et particulièrement le graffiti, est connu pour être un art éphémère, mais avec les forces gouvernementales dans la ville, le sort des œuvres d’al-Shami est incertain. Ainsi, avant de quitter la ville, il a pris des photos de toutes les peintures murales et des graffitis qu’il avait peints au cours de ces années. Et il poursuit aujourd’hui son art en plein air dans les rues d’Idleb.

Abu Malik al-Shami, street-art, Syrie

Les X représentent les avions de combat russes et syriens, et les O représentent des pneus que les enfants à Alep brûlent afin de créer des rideaux de fumée.” – Crédit photo: Abu Malik al-Shami

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